Edito
Les pêcheurs artisans d’Afrique de l’Ouest entendent se faire entendre.
Naguère considéré comme un secteur de peu d’importance, la pêche s’est progressivement hissée dans le trio de tête des secteurs les plus rémunérateurs des économies ouest africaines au cours de ces trois décennies. Elle a contribué en 2006 à plus de 50 % des entrées mauritaniennes de devises et occupe depuis 1986 le premier poste des exportations sénégalaises. Pour les populations côtières, la pêche signifie à la fois satisfaction des besoins alimentaires, emploi et revenus. Elle couvre 75% des besoins en protéines animales au Sénégal et y occupe environ 600 000 personnes. Quatre-vingt dix pour cent (90 %) de ce palmarès revient à la pêche artisanale.
Mais, malgré les bienfaits économiques, sociaux et nutritionnels des pêches artisanales et leurs valeurs sociales et culturelles, les conditions de vie au sein des communautés de pêcheurs artisans sont souvent précaires et vulnérables. Cela tient à divers facteurs dont notamment l’exclusion de ces communautés des processus de développement au sens large du fait de la précarité de leurs structures organisationnelles et d’une faible représentation et participation à la prise de décisions.
Les professionnels de la pêche artisanale ouest africains ne l’entendent pas de cette oreille. Ils entendent se faire entendre. Ainsi, ont-ils créé, en 2006, avec l’appui de l’Association Ouest Africaine pour le Développement de la Pêche Artisanale (ADEPA), association membre de l’Alliance pour une Pêche Responsable (RFA), le Forum Régional Permanent (FRP) des acteurs professionnels de la pêche artisanale en Afrique de l’Ouest. Le FRP vise une gestion concertée des ressources halieutiques sur le plan environnemental, social et économique ainsi qu’un développement durable d’une aquaculture alternative. Il se veut être le porte-parole de tous les acteurs de la pêche artisanale pour défendre leurs intérêts aux niveaux national, régional et international. Il s’est fixé trois objectifs clés :
- créer un circuit d’information entre les acteurs professionnels ;
- organiser et animer périodiquement des réunions de concertation autour des questions qui requièrent une harmonisation de points de vue dans la sous région ouest africaine ;
- mobiliser des ressources nécessaires pour assurer des formations spécifiques, initier et aider à la mise en œuvre des projets de développement durable de la filière pêche artisanale.
Présentement, les organisations faîtières de la pêche artisanale de 11 pays ouest africains adhèrent au FRP : Cap Vert, Bénin, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée Bissau, Mali, Mauritanie, Nigeria, Sénégal et Sierra Leone.
Sans en être membre ès qualité, le FRP collabore étroitement, par le biais de l’ADEPA, avec le Forum Mondial des Pêcheurs et la RFA.
Le 17 octobre 2009, une rencontre entre le Conseil d’administration de l’ADEPA et le FRP aura lieu à Dakar. Elle sera l’occasion de :
- évaluer et réapprécier la pertinence du FRP dès sa création à nos jours,
- revisiter et actualiser la convention et la charte du FRP,
- définir un plan d’action de 2 ans pour le FRP et clarifier les responsabilités,
- redéfinir le rôle de l’ADEPA auprès du FRP et lui assigner un mandat précis.
Les conclusions de cette rencontre seront entérinées par l’Assemblée générale de l’ADEPA qui se tiendra tout de suite après, les 18 et 19 octobre 2009. La RFA sera représentée à cette rencontre par son coordinateur qui s’attachera à introduire le projet de « label international pêche artisanale » très attendu par les professionnels ouest africains.
Charles BAKUNDAKWITA,
Secrétaire exécutif de l’ADEPA
26 septembre 2009.
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